Accueil > BD > Biologie cellulaire et moléculaire > Biologie cellulaire > Système immunitaire > Définitions > Allergie Sommaire   Index 

 AllergieRechercher images 

Réaction anormale, inadaptée et excessive du système immunitaire à un contact avec une protéine le plus souvent étrangère à l'organisme, dite "allergène" ou "antigène", et habituellement bien tolérée par la plupart de la population. Entre les années 1980 et 2000, le nombre de personnes victimes d'allergies a doublé dans les pays développés, et continue de croître aujourd'hui encore. Deux théories s'affrontent pour expliquer ce phénomène : la plus ancienne défend l'idée que c'est l'exposition à l'allergène dans la vie précoce qui engendre l'allergie. L'"hypothèse hygiéniste" postule qu'une exposition moindre aux pathogènes dans les premières phases de notre vie favoriserait l'apparition d'allergies : elle date de 1989 et est due au Britannique David Stachan, qui a remarqué que les plus jeunes des fratries développaient moins de maladies allergiques que leurs aînés, et en a conclu que les cadets bénéficiaient des microbes contractés par leurs aînés. Une autre hypothèse, plus récente, postule que l'allergie n'est pas une réaction inappropriée de notre système immunitaire, mais apporte au contraire une protection contre des éléments dangereux de notre environnement : pollution, pesticides, perturbateurs endocriniens... Cela expliquerait pourquoi les manifestations de l'allergie (larmes, nez qui coule, toux) visent tous à expulser de l'organisme les corps qu'il juge indésirables. Par ailleurs, ont constate que les personnes allergiques à certains polluants sont moins exposées aux cancers induits par ces mêmes polluants [05/2014]. Le développement d'une allergie se produit généralement en deux phases. La première phase, dite de "sensibilisation", est silencieuse : l'organisme rencontre pour la première fois un allergène, souvent par voie respiratoire. Il secrète alors des anticorps, des immunoglobulines spécifiques dites IgE, qui se fixent sur des cellules cibles comme les mastocytes. La deuxième phase survient lors d'un nouveau contact de l'organisme (généralement par voie alimentaire) avec l'allergène (ou un allergène de structure proche dans le cas des "allergies croisées") : deux IgE membranaires reconnaissent l'allergène et se combinent à lui. Cette union provoque l'éclatement du mastocyte et la libération dans le sang de médiateurs chimiques (histamine, leucotriènes) responsables des manifestations cliniques, qui peuvent aller jusqu'au choc anaphylactique [07/2010]. La sensibilisation immunologique a été découverte en 1901 par le physiologiste monégasque Charles Richet, ce qui lui a valu le prix Nobel de médecine en 1913. Il faut distinguer 2 formes d'allergies : l'hypersensibilité immédiate et l'hypersensibilité retardée. * "L'hypersensibilité immédiate" correspond à l'allergie "classique". Au premier contact avec l'allergène, celui-ci pénètre dans un tissu épithélial (peau, poumon, muqueuse digestive) et rencontre une cellule dendritique qui le capture, migre dans un ganglion pour le présenter aux lymphocytes T : ils deviennent activés, et activent à leur tour des lymphocytes B spécifiques de l'antigène. Ces derniers se transforment alors en plasmocytes qui sécrètent des anticorps IgE et les diffusent dans l'organisme. Ces IgE vont finalement se fixer sur des récepteurs à la surface des mastocytes, ce qui va les sensibiliser. Au deuxième contact avec l'allergène, les mastocytes sensibilisés fixent l'allergène par les IgE, ce qui déclenche leur dégranulation, en libérant dans l'organisme les granules d'histamine et de leucotriènes emprisonnés dans les mastocytes : c'est le début de l'allergie, due à l'"immunité humorale". * "L'hypersensibilité retardée" se produit lorsque l'allergène est un "haptène" (métal, médicament, ciment, formaldéhyde, cosmétique, colle...) qui va se fixer sur des protéines naturellement présentes dans l'organisme avant d'être capturé par les cellules dendritiques. Au premier contact, les lymphocytes T se transforment en "lymphocytes mémoire" à longue durée de vie. Cette phase de sensibilisation dure 15 j et ne s'accompagne pas de symptômes. Au deuxième contact avec l'allergène, les lymphocytes mémoire prolifèrent pendant 24 à 48 h, en sécrétant des chimiokines qui attirent les macrophages et les lymphocytes tueurs, qui éliminent les cellules présentant l'haptène, créant un foyer d'inflammation et une destruction partielle de l'épiderme (érythème, oedème, prurit et parfois crevasses et saignements). Cette forme d'allergie est la conséquence d'une "immunité cellulaire" [05/2014]. L'Europe a établi une liste de 14 substances alimentaires les plus susceptibles de provoquer des réactions allergiques : gluten des céréales, crustacés, oeufs, poissons, arachides, soja, lait, fruits à coques, céleri, moutarde, sésame, sulfites, lupin, mollusques [07/2010]. Environ 6 à 8 % des enfants et 4 % des adultes souffrent d'allergie alimentaire en France. Les personnes sujettes à une allergie héréditaire sont dites "atopiques". Le risque de développer une allergie est de 20 % lorsque aucun des deux parents n'est sensible, de 40 % si l'un des deux est concerné et peut atteindre 70 % si les deux parents présentent la même allergie [07/2010]. Les "épitopes" sont des séquences d'acides aminés situées sur les antigènes protéiques, spécifiques à chaque allergène et correspondant aux zones de fixation avec les anticorps. Pour les épitopes conformationnels situés en préiphérie de l'allergène, l'allergie se verra peu à peu atténuée au fil du temps, à l'inverse des épitopes linéaires cachés au centre de l'allergène pour lesquels l'allergie persistera [07/2010]. L'"atopie" est une prédisposition génétique aux allergies, qui se traduit par une sécrétion de quantités excessives d'anticorps (les IgE) en réponse à des stimulations banales (acariens, pollens...). Elle peut entraîner des rhinites, conjonctivites, eczéma, mais aussi de l'asthme, et cela d'autant plus que les contacts allergéniques sont précoces et intenses [05/2014]. Les prévalence des atopies (prédispositions aux allergies) est de 33 % chez les obèses, contre 27 % chez les sujets de corpulence normale. L'obésité augmente le risque de 27 % chez l'homme et 63 % chez la femme [11/2010]. Près de 20 % de la population française serait concernée par une allergie aux pollens ou aux moisissures, contre 4 % en 1968 [06/2011]. Plus les émissions de gaz carbonique (CO2) sont importantes, plus la quantité de pollen dans l'air est élevée [06/2011]. Une étude américaine vient de montrer que l'administration d'antibiotiques à des souris afin de diminuer les bactéries commensales de leur flore intestinale entraîne une augmentation de la population de lymphocytes auxiliaires de type 2 (lymphocytes Th2), cruciaux dans l'apparition des allergies, ainsi que des immunoglobulines E (IgE), anticorps spécifiques aux maladies allergiques et à l'asthme. La flore intestinale contrôlerait ainsi les cellules précurseurs des basophiles, que l'on retrouve dans la moelle osseuse : sans cette action régulatrice, ces cellules de l'allergie se trouvent surexprimées, et la sensibilité aux allergènes augmente [05/2012]. Les dichlorophénols sont fréquemment utilisés par les agriculteurs pour leurs propriétés antiseptiques, mais aussi par les jardiniers amateurs pour se débarrasser des mauvaises herbes ou de certains insectes. Ils sont également utilisés dans l'eau potable dans le but de la purifier. Une étude américaine soupçonne ces dichlorophénols d'être à l'origine des allergies alimentaires, en montrant que les individus présentant des taux élevés de dichlorophénols sont les plus sujets aux allergies, avec un risque augmenté de 80 % de ne pas supporter un aliment [12/2012] ! Les dichlorophénols possèdent un effet antibactérien, leur ingestion entraînant une modification permanente de la flore intestinale qui est soupçonnée d'être à l'origine des allergies alimentaires. De plus, l'histamine est produite par l'intestin, et sa production augmente lorsque la population bactérienne diminue : 80 % des allergies non-alimentaires auraient en fait une origine alimentaire ! Et l'agriculture intensive a sélectionné des végétaux à croissance rapide et à rendement élevé, qui apportent moins d'oligo-éléments (dont nous manquons de plus en plus) et davantage d'amidons et de gluten, comme dans le cas du blé [05/2014]... Une étude belge montre que la prévalence des rhinites allergiques, tous âges confondus, atteint 30 % - dans 40 % des cas il s'agit d'allergies aux graminés, poussière de maison, bouleau, aulne, noisetier. Ces allergies se déclarent majoritairement entre 30 et 50 ans [01/2013]. L'eczéma atopique, ou dermatite du nourrisson, qui se caractérise par la perte de la barrière épidermique et une sensibilisation accrue à certains allergènes, semble dû à un faible taux de filaggrine : l'administration d'un composé, le JTC801, a ainsi pu augmenter le taux protéique de filaggrine in vitro et fait disparaître les symptômes chez l'animal [03/2014]. Un faible taux de filaggrine, à l'origine de l'eczéma atopique, peut aussi être reponsable d'une allergie à l'arachide : cet allergène alimentaire est extrêmement volatil et peut passer à travers la peau des malades [05/2014] ! La recrudescence des allergies au pollen ("rhume des foins") semble liée à la pollution urbaine de l'air, qui en se fixant sur les pollens, les rendrait beaucoup plus agressifs pour notre organisme - c'est notamment le cas de l'ozone et des particules fines de diesel, très réactifs [05/2014]. Les allergies aux acariens ont suivi une courbe de croissance parallèle à l'emploi par l'industrie des perturbateurs endocriniens (bisphénols, phtalates...), qui modifieraient la réponse de l'organisme à la présence des acariens, que l'homme a pourtant cotoyé depuis toujours. Ils interagiraient avec les marqueurs épigénétiques de l'ADN, altérant ainsi l'expression des gènes. Les plastiques marqués des symboles triangulaires de recyclage 3, 6 et 7 (3 = PVC, 6 = polystyrène expansé, 7 = autres) sont porteurs des perturbateurs endocriniens les plus dangereux [05/2014]. L'exposition de la mère aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) présents dans les émissions des moteurs Diesel entraîne une hyperméthylation du gène ACSL3 chez l'embryon, que l'on retrouve dans le cordon ombilical, et qui l'expose ensuite à l'asthme pendant son enfance ; idem pour FOXP3 [05/2014]. La pollution atmosphérique, par le biais des particules fines, modifie l'expression des gènes dans nos cellules en causant des hyperméthylations. Les particules fines augmentent la réponse allergique par le biais de la production de cytokines, lesquelles orientent la réponse du système immunitaire vers la production d'immunoglobulines E (IgE), anticorps jouant un rôle clé dans l'allergie. Les polluants gazeux (NO2, O3) peuvent amplifier la réaction inflammatoire qui accompagnent l'allergie. 40 % de la population europénne porte des variations de gènes (polymorphisme) impliqués dans le stress oxydatif qui la rendent sensible à la pollution atmosphérique. Les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HAP) présents dans le diesel favorisent les mécanismes allergiques : leur administration par voie nasale entraîne une surproduction d'immunoglobukines E (IgE), qui peut être multipliée par 16 par rapport à la mise en présence d'un simple allergène [05/2014]. L'"immunothérapie sublinguale", disponible en France depuis 2011, se limite pour le moment à la désensibilisation aux pollens. Le Grazax (laboratoires ALK) est actif contre la phléole des prés, tandis que l'Oralair (laboratoires Stallergènes) est dirigé contre 5 pollens (phléole, flouve, ivraie, pâturin). Le traitement débute 4 mois avant la saison pollinique et dure 3 ans. Les acariens seront prochainement traités par Actair (Stallergènes), qui sera disponible début 2015 au Japon [05/2014]. L'"immunothérapie épicutanée" est une nouvelle approche qui permet pour la première fois de traiter les allergies alimentaires, pour lesquelles il n'existait jusqu'à présent aucune possibilité de désensibilisation. Imaginée en 2002 par le laboratoire français DBV, elle se présente sous la forme d'un patch (le Viaskin) dans lequel les allergènes ont été déposés sous forme sèche et inactive sur un film de polymère. Au contact avec la peau, la transpiration solubilise les particules sèches qui interagissent en 2 à 6 h avec l'épiderme, et plus particulièrement les cellules de Langerhans, des cellules immunitaires qui migrent alors vers les ganglions lymphatiques pour présenter l'antigène aux lymphocytes et produire des IgE. En délivrant des microdoses et en évitant tout passage dans la circulation sanguine, le risque de choc anaphylactique est considérablement réduit. Comme pour toutes les désensibilisations, le traitement dure 3 ans, avec la pose quotidienne d'un patch. Le Viaskin est actuellement en phase 2 d'essais cliniques, ses premières déclinaisons devraient cibler les arachides et le lait [05/2014]. Une étude sur les Amish des USA montre qu'ils souffrent beaucoup moins d'asthme que la communauté hutterite du Dakota du Sud, pourtant d'origine allemande elle aussi ! Les premiers pratiquent une agriculture ancestrale, les seconds une agriculture moderne qui les mets moins en contact avec les animaux. Il semble ainsi que ce sont les poussières riches en bactéries provenant des animaux de ferme qui renforcent le système immunitaire des Amish [09/2016]. L'institut américain des allergies et des maladies infectieuses recommande de donner des aliments avec des cacahuètes aux nourrissons afin de prévenir les allergies aux arachides : le risque serait ainsi réduit de 81 % [02/2017]. Une méta-analyse provenant de 50000 enfants de 20 pays pendant 10 ans montre que le régime méditerranéen, riche en fruits et en légumes, et donc en antioxydants, réduit le risque d'asthme, d'allergie et de rhinite, au contraire de la viande rouge [06/2017]. La moitié des allergies alimentaires se déclarent à l'âge adulte [12/2017]. Synonyme : hypersensibilité.
Article précédent :
Immunothérapie cellulaire
Niveau supérieur :
Définitions
Article suivant :
Lymphe