De nombreuses bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques, c'est-à-dire
que des mutations les rendent insensibles à l'action de ces produits.
L'étude de différentes souches de staphylocoques dorés montre que 22 % de leur
génome est changeant, constitué d'éléments non vitaux et facultatifs, tels des
toxines qui confèrent sa virulence à la bactérie. Ces gènes de virulence sont
souvent regroupés, formant des "îlots de pathogénicité". Une bactérie tout à
fait inoffensive peut donc très bien hériter d'un véritable arsenal de toxines
lors d'une conjugaison (échange de matériel génétique), et devenir aussitôt
hypervirulente. De même, les gènes de résistances sont eux aussi très souvent
regroupés et peuvent donc être transmis d'un bloc [12/2008].
Une étude vient de montrer que les mécanismes de résistance aux antibiotiques
de la bactérie Vibrio cholerae ne sont pas présents en permanence dans la
bactérie : contrairement à ce que l'on pensait, ils ne sont mis en oeuvre qu'en
présence du stress engendré par ces médicaments !
Un "signal SOS" active alors l'expression des gènes de résistance, jusque là
tenus en réserve. Qui plus est, le degré d'activation de chacun de ces gènes
est aléatoire et varie selon les bactéries, ce qui permet de diversifier les
possibilités de résistance à moindre frais.
Cela signifie que la résistance aux antibiotiques n'est pas, contrairement à ce
que l'on pensait, un fardeau permanent pour les bactéries, et que réduire la
présence d'antibiotiques dans le milieu ne défavorisera pas les bactéries
multirésistantes comme on l'avait espéré [07/2009].
Lorsque des bactéries sont exposées à un antibiotique, elle produisent de la
tryptophanase, une enzyme qui dégrade le tryptophane et dont l'un des résidus
est l'indole, exprimé en cas de stress.
L'indole est en effet un facteur de résistance aux antibiotiques : d'une part
il active la pompe cellulaire qui permet d'évacuer l'antibiotique de la bactérie
et d'autre part il active une voie métabolique bloquant la synthèse de radicaux
libres - un des modes d'action des antibiotiques.
Les chercheurs ont découvert que les bactéries les plus résistantes produisent
de l'indole en abondance en présence d'un antibiotique, permettant aux bactéries
moins résistantes de survivre - cette "voie de résistance par l'indole" est un
comportement altruiste que de nouveaux traitements pourront cibler [09/2010].
L'enzyme NDM-1 (New Delhi Metallo-beta-lactamase 1) est une bêtalactamase
identifiée en Inde en 2008 et qui procure aux bactéries une résistance aux
bêtalactamines, comprenant les pénicillines et les céphalosporines [12/2010].
L'arrivée de bactéries multirésistantes avait été pronostiquée dès 1992 par le
spécialiste américain des maladies infectieuses Harold Neu, qui prédisait une
crise due à une utilisation incontrôlée des antibiotiques.
La production massive de génériques d'antibiotiques par l'Inde et leur
distribution à la population sans infrastructures pour en contrôler l'usage à
favorisé l'apparition de nouvelles résistances, les mauvaises conditions
d'hygiène locale facilitant la dissémination des germes fécaux comme E. coli ;
le tourisme médical à bas coût dissémine maintenant ces résistances dans le
monde occidental où des mesures plus strictes les contenaient [12/2010].
L'analyse du comportement de bactéries récoltées dans la grotte de Lechuguilla
(Nouveau-Mexique), découverte en 1986 et restée isolée de l'Homme et de ses
activités, a montré que sur 93 souches testées avec 26 antibiotiques
d'utilisation courante, toutes étaient résistantes à au moins l'un d'entre eux,
certaines souches de Streptomyces spp. tolérant même 14 antibiotiques !
Ces travaux démontrent que les bactéries sont équipées de façon innée pour
lutter contre les molécules capables de les combattre [04/2012].
Des gènes de résistance aux antibiotiques ont été retrouvés associés à un
mammouth mort il y a 30 000 ans et conservés dans le pergélisol de l'Alaska,
prouvant que la résistance des bactéries aux antibiotiques avait débuté bien
avant l'intervention de l'Homme [10/2012].
L'INSERM vient de mettre au point deux tests de résistance aux antibiotiques,
nommées "Carba NP test" et "ESBL NDP test", et permettant en deux heures de
savoir si une souche bactérienne possède une résistance grâce à la détection de
l'activité des bêta-lactamases (résistance aux bêta-lactamines) et des
carbapénèmases (résistance aux carbapénèmes), permettant de prendre rapidement
des mesures appropriées pour traiter ces bactéries résistantes avec des
antibiotiques de seconde intention encore efficaces [10/2012].
sul1 et tet(W) sont 2 intégrons (fragments d'ADN bactériens) qui confèrent aux
bactéries une résistance aux antibiotiques sulfamidés et aux tétracyclines,
respectivement.
Ils ont été retrouvés dans la rivière South Platte (Colorado, USA) à des taux
10000 à 10 000 fois plus importants que dans les territoires vierges, avec pour
sul1 un lien direct entre ces taux et le nombre de stations d'épuration et
d'élevages d'animaux présents en amont [10/2012].
Les chercheurs suisses de l'EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) ont
mis au point une microsonde qui permettrait de détecter les résistances à un
antibiotique en 5 minutes (contre des semaines avec les méthodes de culture).
Le dispositif est constitué d'une lame microscopique, sur laquelle on dépose
les bactéries à tester : leur métabolisme engendre des oscillations qui sont
détectées par un laser, et dont l'amplitude varie en présence d'un antibiotique
actif sur les bactéries [07/2013].
Des chercheurs canadiens ont découvert que les bactéries résistantes pouvaient
protéger d'autres espèces non résistantes en les aidant à mieux résister à des
antibiotiques contre lesquelles elles ne sont pourtant pas protégées.
Burkholderia cenocepacia sécrète ainsi les protéines putrescine et yceL en
abondance face à la polymyxine B (un antibiotique contre lesquelles elles sont
résistantes), ce qui a pour effet de multiplier les mutations bactériennes et
d'accroître notablement les chances que des individus acquièrent une résistance
puis la transmettent à leur descendants. Des bactéries Escherichia coli ou
Pseudomonas aeruginosa, non résistantes profitent elles aussi de ces protéines
pour muter et acquérir des résistances [07/2013].
L'analyse de dépots de tartre sur des dents âgées de 1000 ans a montré la
présence de plus de 2000 espèces de bactéries, dont celles du "complexe rouge"
à l'origine de parodontites, ainsi que la présence de gènes de résistance aux
antibiotiques, bien avant que ces médicaments ne soient découverts [04/2014].
Les médecins hospitaliers ont élaboré de façon empirique un protocole
permettant d'éviter l'apparition de résistances bactériennes aux antibiotiques :
il consiste à prescrire ces derniers dans un ordre précis, une quinzaine de
molécules ayant déjà été validées à l'aide d'un modèle mathématique [07/2015].
Une expérience réalisée à Harvard et consistant à placer des bactéries E. coli
au contact d'antibiotiques en concentration croissante avec la distance montre
l'apparition des résistances aux antibiotiques : en 10 jours, les souches
mutent puis résistent à des doses 1000 fois supérieures à celle initialement
fatales [11/2016] !
En 2019, l'antibiorésistance a fait presque autant de morts dans le monde que
le SIDA (690 000) et le paludisme (627 000) réunis. Ce chiffre pourrait même
monter à 5 millions en raison des décès faussement attribués à d'autres causes
[03/2022].
Synonyme : antibiorésistance.
|