Virus parasite des bactéries, découvert en 1917 par le Français Félix d'Hérelle
qui leur donna le nom de bactériophages.
Virus des bactéries formé d'un corps qui contient un acide nucléique (ADN ou
ARN) et d'un élément appelé plaque. Celle-ci lui sert à se fixer sur la
bactérie et à l'infecter pour s'y reproduire. Un bactériophage possède ainsi la
capacité de détruire certaines bactéries comme le staphylocoque, le bacille
dysentérique, et le colibacille entre autres. Il pénètre à l'intérieur de ce
germe et s'y multiplie après y avoir provoqué la lyse bactérienne (destruction
de l'intérieur de la bactérie). On appelle "plasmide" ce segment provenant de
l'ADN du bactériophage et "cosite" (contraction de cohesive-site) le
bactériophage lui-même.
Le bactériophage, appelé également phage, présente une grande spécificité de
groupe. C'est ainsi que cette spécificité autorise le classement de l'espèce en
groupes de bactériophages comme les salmonelles, le staphylocoque doré entre
autres.
Le bactériophage est également responsable de la diffusion des facteurs de
résistance aux antibiotiques (transduction).
Dans certains cas une bactérie revêt un caractère pathologique quand elle
contient un phage (lysogénie) à l'origine de manifestations de caractères
nouveaux (phagoconversion) qui sont le résultat des capacités des gènes
contenus par le chromosome du phage qui a envahi la bactérie (phage tempéré).
C'est le cas de Corynebacterium diphteriae qui ne devient pathogène (toxigène)
que lorsqu'il est parasité par un phage.
Les bactériophages ont été étudiés par le suisse Arber Werner, ce qui l'a
notamment conduit à découvrir et isoler les enzymes de restriction.
Il a aussi étudié la spécificité des bactériophages vis-à-vis des bactéries,
susceptible de se modifier (perte ou acquisition du pouvoir infectieux) au
cours de leur cycle reproductif dans les bactéries, et découvert ainsi que
la spécificité pour l'hôte est une propriété du phage qui est contrôlée par la
bactérie, au moyen des systèmes de restriction-modification, qui peuvent être
considérés comme des mécanismes de défense dirigés contre un ADN reconnu comme
incompatible [11/2004].
Il a reçu le prix Nobel de médecine en 1978 pour ces travaux.
La plupart des phages sont dirigés contre une seule espèce de bactérie : ceux
dirigés contre le bacille du charbon synthétisent une enzyme nommée PlyG pour
Phage Lysine Gamma, qui leur permet de détruire plusieurs millions de bacilles
en quelques secondes.
L'utilisation de monophages (phagothérapie) plutôt que d'antibiotiques pour
lutter contre les bactéries a été mise au point en France vers 1917 par le
franco-canadien Félix d'Hérelle, avant de tomber en désuétude avec l'arrivée
des antibiotiques. Etudiée en URSS dès 1934, elle revient à l'étude aux USA.
Deux applications sont à l'étude : utiliser des phages sur des denrées
alimentaires fragiles pour éviter le développement de listeria ; lutter contre
le cancer. Certains phages ciblent en effet les cellules cancéreuses (c'est le
cas des parvovirus, actuellement testés sur des cancers incurables), et
d'autres phages peuvent être mutés pour adopter ce comportement [05/2009].
Les phages n'étant pas brevetables et s'assimilant davantage à des matériaux
vivants qu'à des substances inertes telles que les médicaments, peu de
laboratoires osent investir dans la phagothérapie. On peut citer le
britannique Ampliphi Biosciences ou le français Pherecydes pharma, qui
travaillent à l'élaboration de cocktails de phages.
Félix d'Hérelle a fondé en 1923 l'institut Eliava à Tbilissi (Géorgie), qui n'a
jamais cessé de fonctionner et est devenu aujourd'hui un centre de référence :
moyennant 2000 euros et 20 jours de traitement, on y guérit des infections
réputées incurables en Occident à cause de bactéries multirésistantes [05/2013].
Les populations de bactéries Vibrio cholerae sont régulées par des phages
aquatiques : plus ces derniers sont faibles, plus les épidémies de choléra
sont importantes, comme en 2005 au Bengladesh [05/2009].
Une étude américaine montre que les virus bactériophages sont très présents
dans nos mucus respiratoire et digestif, et tiennent une place non négligeable
dans le maintien de notre immunité, en détruisant les bactéries indésirables.
Les bactériophages trouvés dans le mucus possèdent à la surface de leur capside
virale des molécules se liant spécifiquement à certains glycanes de la mucine
(la protéine qui constitue l'élément essentiel du mucus) : ainsi fixés au mucus,
ils peuvent attendre que les bactéries viennent à eux, attirées par les
nutriments que les glycanes leur présentent complaisamment.
Ce mécanisme explique que le mucus soit 4 fois plus riche en bactériophages que
les régions voisines de l'organisme qui en sont dépourvues, et laisse même
supposer qu'il soit le résultat d'une coévolution [05/2013].
Une des limites de la phagothérapie est que les phages n'infectent que
certaines espèces bactériennes, voire certaines souches, obligeant à développer
un grand nombre de vecteurs pour constituer une panoplie sérieuse [08/2016].
Un millilitre de salive humaine contiendrait près de 100 millions de phages de
200 genres différents, pour la plupart inconnus, qui jouent probablement un
rôle pour contenir la prolifération orale des bactéries [05/2018].
La France (re)commence à développer la phagothérapie dans certains hôpitaux,
notamment pour traiter des infections ostéoarticulaires sévères et résistantes
à tous les traitement antibiotiques - c'est le cas aux Hospices Civils de Lyon.
Le laboratoire parisien Pherecydes Pharma commence ainsi à développer ses
propres préparations, et peut produire en 48 h des phages spécifiques à la
souche concernée.
Parallèlement, la start-up parisienne Eligo-Biosciences cherche à modifier
génétiquement les bactériophages à l'aide de l'outil CRISPR-Cas9, afin qu'ils
tuent spécifiquement les bactéries porteuses d'un gène de résistance aux
antibiotiques [06/2019].
Synonyme : bactériophage, monophage, cosite.
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